Derry isn’t Londonderry
Quand on arrive dans le centre de Derry, on est accueilli par une statue représentant deux hommes tendant leurs mains… Bullshit !
Ne connaissant rien de la ville, je vais à l’office du tourisme pour prendre une carte. Elle contenait les principaux sites de la ville à visiter.
Je commence par Fountain, c’est l’endroit le plus proche. En entrant dans ce quartier, je découvre des trottoirs et des panneaux bleu, blanc rouge. Je comprends rapidement que je suis en territoire ennemi… euh anglais. En m’avançant un peu plus c’est la grosse turlute : des drapeaux de l’Union Jack sont peints un peu partout, des « No Surrender » (crie de guerre des Anglais sous le siège protestant en 1689 signifiant pas de reddition), ou encore « les loyalistes (les Anglais) encore sous le siège disent non à Derry ». Pour la petite histoire, Derry est appelée Londonderry par les anglais. C’est la ville du territoire britannique qui a été le plus longtemps assiégée. En 1689, alors que la majeure partie de l’Irlande est catholique, Derry reste un bastion protestant (anglais). Une armée de 1200 hommes a assiégé la ville durant 105 jours sans parvenir à la prendre.
Je ne m’attendais pas à voir encore autant d’animosité entre les communautés anglaise et irlandaise. En continuant ma route, je découvre ce qui semble être un mur séparant les quartiers pour éviter les affrontements.
Je monte ensuite sur les remparts de la Ville. La cité de Derry à la particularité d’être située en hauteur, et entourée de rempart qui rend difficile toute attaque. De nombreux canons sont toujours présents, le long de la muraille, laissant imaginer la difficulté à prendre la ville.
Mais je ne vais pas m’attarder plus longtemps sur cet aspect de la ville. Je voulais aller dans le quartier irlandais : le Bogside.
Ce quartier est devenu le symbole de la résistance des Irlandais contre le gouvernement britannique. De nombreuses émeutes y ont éclaté. Il est devenu tristement célèbre par le Bloody Sunday. Le dimanche 30 janvier 1972, le mouvement pour les droits civiques (ce mouvement luttait pour que les protestants aient les mêmes droits que les catholiques) avait décidé de manifester pacifiquement dans les rues de Derry, malgré son interdiction. Au cours de la marche, des soldats britanniques ont tiré à balles réelles vers les manifestants. Il y a eu 14 morts. En 2002, un film de Paul Greengrass sur cet évènement est sorti.
Cette journée est très présente dans ce quartier puisqu’une association a peint de nombreuses fresques commémorant cette journée ainsi que la lutte menée par le mouvement des droits civiques. Elles sont nombreuses et vraiment bien faites. À côté de ces fresques officielles, on trouve des hommages au Che et aux Palestiniens. En effet, les Irlandais de Derry comparent leur condition de peuple colonisé comme le sont les Palestiniens.
Malgré tout, cette partie du Bogside est touristique et je décide de m’enfoncer un peu plus dans ce quartier. Je ne fais pas trop le fier avec mon appareil photo de touriste. Là, j’y découvre des écrits plus violents : « La guerre n’est pas finie « , « ACAB », « Saloperie d’ismaéliens « , « Britaniques dégagez », « l’IRA règne »…
Même si la lutte est officiellement terminée, les moeurs des deux communautés n’ont pas vraiment évolué.
Le coeur de la Ville, entouré par les remparts est plus touristiques, mais très charmant part son côté médiéval. L’atmosphère est vraiment différente des quartiers anglais et irlandais. Pourtant, on est bien dans la même ville.
LA ville d’Irlande à visiter.
Belfast
Après l’escapade à Derry, il me fallait quitter le centre de Belfast afin de découvrir les traces du conflit nord-irlandais. Malheureusement, mon plan des rues n’est pas très étendu.
Cependant, je décide d’allé à Shankill road, le quartier loyaliste puisque je peux l’apercevoir sur ma carte.
En chemin, je passe par le quartier Sandy Row, avec une fresque représentant un paramilitaire me « souhaitant » la bienvenue. Il s’agit d’un quartier ouvrier probritannique.
Je continue mon chemin vers Shankill road, mais j’arrive finalement sur Falls Road le quartier irlandais où se présente le « Solidarity Wall », un mur avec différentes fresques :
À Shankill Road il existe un mur du même type célébrant les forces loyalistes cette fois, le mur de l’UVF (Ulster Volunteer Force, groupe paramilitaire loyaliste), mais malheureusement ayant pris un chemin différent, je ne le verrais pas.
Je poursuis mon chemin en m’éloignant du centre et j’arrive par hasard devant le mur qui séparait le quartier irlandais (Falls) et anglais (Shankill). Il est pratiquement impossible à escalader. Sur ce mur sont peints de nombreux graffs, mais pas forcément sur le conflit.
Je suis à ce moment du côté anglais. Les maisons en face de ce mur sont entourées d’un petit grillage. Une porte est entrouverte et je m’y insère. Dès lors, je quitte la « zone touristes ». Je m’avance dans les rues du quartier. Toutes les maisons sont en briques rouges, collées les unes aux autres et identiques. Ça ne doit pas être évident d’être facteur ici !
Une rue est complètement à l’abandon. Je m’étonne de la voir dans un tel état de délabrement. L’intérieur des maisons est complètement détruit. On trouve encore quelques affaires dans certaines d’entre elles, comme si leurs propriétaires les avaient du les abandonner en catastrophe. Un habitant du coin m’interpelle et commence à me parler. Il m’explique que cette rue va être rasée et sera complètement reconstruite. Le mec était sympa et n’en avait rien à faire que je fasse mon touriste.
En traversant ce quartier, j’arrive sur Shankill roads, devant un mémorial d’une troupe anglaise d’Ulster (l’Irlande du Nord) qui a perdu de nombreux soldats lors de la bataille de la Somme pendant la Première Guerre mondiale. À Derry il y avait aussi une association commémorant cette unité.
Je continue mon chemin un peu plus loin et je me retrouve à nouveau dans un quartier résidentiel. Une nouvelle fois un anglaise m’interpelle. Cette fois il veut que je le prenne en photo pendant que son pote change la roue de la voiture et pendant que lui mime une fellation. Un humour délicat !
Une pensée m’envahit subitement. Les Anglais seraient-ils des hommes sympa ? Toute mon existence serait alors bouleversée.
Ces quartiers résidentiels sont de vrai labyrinthe, toutes les maisons se ressemblent et la plupart du temps les voies sont sans issues. Ce n’est pas évident pour en sortir.
Peut de temps après ma rencontre avec les deux mécaniciens, j’arrive à un point de passage entre les deux communautés, aujourd’hui ouvert en permanence. Malgré tout, les portes sont toujours présentes. En traversant ce « check point », me voilà du côté irlandais.
Le côté esthétique change. Comme en Irlande, chaque maison a une couleur différente sauf quelque une, mais ce quartier semblait embourgeoisé. L’hostilité envers la communauté britannique est très présente. La phrase de Bobby Sands (membre de l’IRA et mort pendant une grève de la faim) présente sur le mémorial des victimes de la guérilla est éloquente : « Notre revanche sera sur le sourire de nos enfants ».
On retrouve assez souvent des IRA tagué sur les murs et même encore des « Britanique dehors ».
Depuis le 10 avril 1998 un accord entre les différents gouvernements, partis politiques et les groupes paramilitaires dont l’IRA a été conclu. Le Sinn Fein branche politique de l’IRA, accède au pouvoir. En 2005 l’IRA annonce son désarmement total et en 2007 les troupes britanniques quittent l’Irlande du Nord. Cependant des groupes dissidents continus à mettre la pression sur le gouvernement, notamment en mars 2009 avec le meurtre de deux soldats britanniques à Belfast.
La population, en particulier la communauté irlandaise est partagée entre la paix qui règne enfin après toutes ces années de tueries et le sentiment d’appartenir à un autre pays que celui qui leur est imposé. Aujourd’hui, la seule force qui permettrait de modifier les frontières est la Sinn Fein, mais peut d’exemples dans le monde ont permis une modification de territoire par la voie diplomatique…
Après cette ballade dans les quartiers des deux communautés je termine mon voyage à l’Ulster Muséum qui synthétise l’histoire de l’Irlande depuis la fin de l’époque Viking, ainsi qu’exposition consacrée au conflit. D’autres thématiques sont présentes dans ce musée, mais je n’avais pas suffisamment de temps à m’y consacrer. Il faut que je retourne en Irlande.
Une ville à visiter, non pas pour son centre, mais pour ses habitants qu’ils soient Irlandais ou Anglais.